La Rédemption de Sun Bin

La Rédemption de Sun Bin


Les généraux militaires de la Chine ont façonné l’histoire à toutes les époques, laissant derrière eux des légendes. Ils ont livré bataille avec bravoure, fait preuve de grande sagesse et se sont montré loyaux envers leurs royaumes. Ils maîtrisaient l’art de la guerre et comprenaient les desseins cachés du destin. Tendez l’oreille. Entendez-vous le bruit du galop des chevaux sur les champs de bataille ?


La Rédemption de Sun Bin

L’histoire d’un génie militaire qui faillit être détruit par son frère d’armes, et qui a laissé au monde ses secrets de stratégie militaire.

Portrait de Sun Bin, petit-fils de Sun Tzu, peint à l’époque de la Dynastie Ming, après son décès.

Sun Bin et Pang Juan étaient frères d’armes. L’un et l’autre avaient étudié les arts militaires dès leur plus jeune âge auprès du légendaire ermite chinois Guiguzi. Pang fut le premier à quitter la quiétude de leur retraite – aspirant à se frotter au monde des hommes. Ils se séparèrent emplis de chagrin, et Pang l’assura de sa loyauté. « Si je réussis dans le Royaume de Wei, je ferai appel à toi ! », assura-t-il, des larmes dans la voix. « Si je ne tiens pas promesse, que je meure sous un millier de flèches ! »

Sun l’assura qu’il n’était pas nécessaire de prononcer un tel vœu. Mais ni l’un ni l’autre ne se doutait à quel point ces paroles allaient se révéler exactes.

Une fois arrivé dans le Royaume de Wei, l’un des sept royaumes prépondérants des Royaumes Combattants en Chine (474 av. J. C. – 221 av JC), le succès remporté par Pang alla bien au-delà de ses rêves les plus fous. Mais il ne tint jamais compte des enseignements de son maître.

Pendant ce temps, dans l’obscurité de l’anonymat, Guiguzi transmettait à Sun ses enseignements les plus puissants : un ensemble de connaissances écrites par le grand-père de Sun Bin, Sun Tzu, L’Art de la Guerre. Guiguzi mit cependant Sun Bin en garde : ces codes de stratégie militaire et de pensée pouvaient aider le monde si utilisés par un homme bon, mais pouvaient apporter le chaos sous les cieux s’ils tombaient entre les mains d’un scélérat.

À des milliers de kilomètres de là, les ambitions de Pang se transformaient en soif de pouvoir. Après s’être installé dans la dignité et la charge afférente au grade de général dans le Royaume de Wei, il accumula une série de victoires militaires, affina sa réputation et finit par demander à Sun de le rejoindre.

Pang savait que Sun avait appris de grands secrets sur la stratégie militaire grâce à l’enseignement assidu de Guiguzi. Il en savait maintenant bien plus que Pang. Jaloux, Pang, qui désirait ardemment connaître ces enseignements, décida donc de tuer Pang, mais non sans l’avoir amadoué pour qu’il lui révèle les secrets de la stratégie militaire.

Après l’arrivée de Sun, Pang commença à ourdir son piège mortel. Il entreprit de persuader Sun d’écrire une lettre qu’il détourna et utilisa pour contrefaire l’écriture de Sun. Peu de temps après, il présenta une lettre contrefaite dans laquelle Sun prétendait fomenter un complot pour tuer le Roi de Wei et monter sur le trône. Furieux, le Roi aurait fait exécuter Sun si Pang n’était pas intervenu. « Pourquoi ne pas tout simplement tatouer les idéogrammes ‘Trahison’ sur le visage de Sun et lui briser les rotules ? » suggéra Pang.

Sun en fut réduit à ramper au sol. Pang, feignant l’amitié, sauva Sun de la mort et prit soin de lui chaque jour. Éprouvant une profonde gratitude et ayant la sensation d’avoir une dette envers lui, Sun céda aux encouragements amicaux de Pang et commença à mettre par écrit tout ce que lui avait appris leur maître. L’Art de la Guerre allait tomber entre les mains du perfide Pang.

Un des serviteurs cependant découvrit l’intention de Pang de faire mourir Sun de faim une fois le livre terminé. Sun en fut bouleversé. « Comment puis-je transmettre les enseignements à une personne aussi cruelle ? » Les enseignements de son maître lui revinrent en mémoire et il réalisa que Pang ne devait pas obtenir L’Art de la Guerre.

Rassemblant ses idées, il se souvint de ce que Guiguzi lui avait dit avant de partir : si jamais il se trouvait en danger, il devait ouvrir le petit sac qu’il lui avait donné et lire les idéogrammes griffonnés à l’intérieur. Il lut les idéogrammes suivants : « Feint la folie ».
Et c’est ce que fit Sun.

Il se mit à jeter au feu tout ce qu’il avait écrit sur l’art de la guerre, s’agitant dans tous les sens et hurlant des insanités comme un dément, donnant l’impression qu’il avait totalement perdu l’esprit.


Sun simula la folie de façon tellement convaincante qu’au bout de quelques mois, Pang commença à ne plus s’en occuper. Sun avait évité la mort. Des sympathisants haut-placés l’emmenèrent, lui, ce génie masqué, dans le Royaume de Qi pour servir en coulisses comme conseiller militaire.

Pendant la Bataille de Maling (342 av J-C.), Sun écrasa le cruel Pang en utilisant des stratégies tirées de L’Art de la Guerre. Au moment du décès de son vieil ami, Sun fut accablé par le chagrin.
Bientôt, Pang et Sun se retrouvèrent face à face sur le champ de bataille. Mais Pang ne sut jamais que Sun, agissant secrètement dans l’ombre, était responsable des dévastatrices tactiques de combat sur le terrain.

Dans la bataille qui s’ensuivit, Pang fut dépassé et écrasé, constamment déplacé, ses troupes furent détruites et ses stratagèmes contrariés. Au cours d’un combat, Pang cru qu’il se battait contre le Général Tian Ji de Qi – mais le style des formations de combat lui rappelaient vaguement quelque chose. C’est alors que le légendaire sage de la guerre donna ordre à ses soldats de hisser haut les drapeaux de combat, sur lesquels le mot « Sun » était écrit. Pang, horrifié, réalisa alors que son frère d’armes s’était échappé et était bien en vie. L’armée de Pang était détruite.

La dernière fois que Pang et Sun se retrouvèrent sur le champ de bataille, Sun adopta une stratégie magistrale. Appelée « Réduire les feux », la tactique consistait à ce que chaque soir, les troupes allument de moins en moins de feux pour préparer les repas. Des éclaireurs envoyés par Pang remarquèrent le changement : on était passé de feux pour nourrir 100 000 soldats, à des feux pour 50 000, puis 30 000. Visiblement, l’armée s’étiolait. Pang se frotta les mains et fit sonner la charge, menant lui-même 20 000 soldats de ses troupes d’élite à la bataille et il tomba directement dans le piège de Sun.

C’est au crépuscule que Pang arriva à Maling, là où les troupes de Sun avaient fait halte. Des troncs fraichement coupés barraient le passage. « L’armée de Qi a peur de moi » hurla Pang « c’est pour cela qu’ils bloquent le chemin ! » Il donna ordre de dégager le passage et se dirigea vers le tronc le plus gros, sur lequel on pouvait lire quelque chose. Il approcha une torche et lu ces mots : « Pang Juan meurt sous cet arbre. »

Pang réalisa qu’il s’agissait d’un piège et se mit à crier – mais il était trop tard. Prenant la torche pour cible, des milliers d’archers et d’arbalétriers visèrent Pang et lui criblèrent le corps de leurs flèches. La promesse de Pang faite des années auparavant, au moment où les deux frères d’armes s’étaient quittés, se réalisait. « Si je ne tiens pas promesse, que je meure sous des milliers de flèches. »

Sun n’entretint aucune rancœur après le décès de Pang et il plaida même la clémence pour le neveu de Pang. Sun se retira dans la nature, abandonnant les campagnes militaires, vécu comme un ermite et cultiva le Tao. Il compila alors L’Art de la Guerre de Sun Bin, un livre qui, avec celui de son grand-père Sun Tzu, est encore à ce jour un classique de la philosophie et de la pensée chinoises.

En 1972, des anciens parchemins de bambou contenant L’Art de la Guerre de Sun Bin ont été déterrés dans les monts Yinque, à Linyi, dans la province du Shandong. Les originaux, vieux de plus de deux mille ans et noircis par les âges, sont présentés dans les cartouches derrières les reproductions.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
分享到: 
CultureCulture Chinoise东方文化-内容