Rencontre avec le professeur potier coréen JongHoon Park

Rencontre avec le professeur potier coréen JongHoon Park

Un potier, l’âme de la céramique au creux des mains

Rencontre avec le professeur potier coréen JongHoon Park

 

Professeur JongHoon Park ©Quanyu/TasteOfLifeParis


Toucher l’argile, se concentrer avec passion, toute une vie, et créer des beautés avec son âme.
Les artistes ont conservé l’âme des traditions de la céramique pendant des millénaires.
Sa respiration, transférée à la terre, embrasse le feu et devient là un corps vivant.
La céramique, preuve de la création par les cinq éléments universels.



Histoire de la Céramique

La poterie existe depuis le début de la civilisation. On commence par mettre en forme la pâte d’argile, puis, après la cuisson au four, on obtient les ustensiles nécessaires à la vie quotidienne. La porcelaine bleue et blanche fut créée en Chine, durant la période de la dynastie des Han orientaux (25 - 220 ap. J.-C.). Plus tard, au cours de la dynastie Tang (618 - 907), elle suivit la « Route de la Soie » et fut introduite en Europe.

À partir de la période Goryeo (du début du Xe siècle à 1392), la Corée commença à introduire le céladon des fours de Yue, originaires de la province du Jiangsu de Chine du Sud. Les fours de certains potiers coréens pouvant atteindre les 1 200 °C, ils parvinrent à obtenir une matière vitreuse qui peu à peu donna des teintes variant du brun au vert-jaune. Le céladon de la période Goryeo était connu pour sa couleur de jade. Sous l’influence de l’environnement naturel et de la culture locale, apparurent progressivement des nouvelles caractéristiques de céladon, différentes de celles des fours de Yue : changement graduel du moulage et de la glaçure, formes et décorations différentes. Le plus grand changement fut l’émergence de modèles avec incrustation de motifs, c’est une invention des potiers de Goryeo, créant pour le monde de la céramique quelque chose d’exceptionnel.

Bien que durant les périodes Goryeo et Joseon (de 1392 à 1910), les potiers possédaient des techniques de poterie presque équivalentes à celles de la Chine, ils n’eurent pas la reconnaissance mondiale attendue. Quant aux Japonais, qui ne possédaient pas les connaissances de la Corée en matière de poterie, ils emmenèrent chez eux - plus ou moins contre leur gré - un grand nombre d’artisans en céramique coréenne au XVIe siècle, pendant la guerre Imjin, ce qui permit de développer l’art de la céramique au Japon. Jusqu’en 1757, la porcelaine « Arita » fut exportée en abondance vers l’Europe, principalement par les Hollandais, grâce à leur Compagnie Orientale des Provinces-Unies, qui considéraient le Japon comme un pays avancé en céramique. Alors que les Coréens possédaient une technique supérieure dans la fabrication de celle-ci, ils n’arrivèrent pas à attirer l’attention mondiale. Ce n’est que récemment qu’est apparu ce qui semble être une renaissance.

En Corée du Sud, afin de ressaisir la couleur du jade céladon et de retrouver la méthode oubliée de la fabrication du bol et de la tasse à thé, beaucoup de gens ont pris la route, à la recherche des bons minéraux argileux. Aujourd’hui, en Corée du Sud, les potiers apprennent la nouveauté par l’étude des anciennes techniques, créent de nouvelles formes en étudiant les anciens modèles. Pour ces raisons, la céramique moderne n’est pas que production, c’est aussi un art du design, l’expression d’une certaine forme d’art.

Céladon maebyeong avec des incrustations de nuages et des grues ©Goryeo Celadon Museum
 


Art et haute technologie

Pour comprendre le contexte traditionnel de l’art de la céramique coréenne, nous sommes allés à la rencontre du professeur JongHoon Park. Surpris et heureux de savoir que nous étions un magazine français, il a accepté de nous recevoir, une bonne occasion pour lui de présenter l’art de la céramique coréenne à la France, son rêve depuis longtemps.

JongHoon Park est professeur à l’Université Dankook, président de l’association coréenne Bol et tasse à thé et de l’institut Gangjin Céramique. Fort de ses 40 ans d’engagement dans la poterie, il est le disciple du professeur Kim Seok Hwan, spécialiste de la céramique coréenne. Il centra sa carrière en poterie sur l’héritage des métiers d’artisanat traditionnel. Le tournage est ainsi devenu pour lui une seconde nature. L’homme est aujourd’hui capable de façonner plus de 200 pièces par jour. De nos jours, l’ère industrielle aidant, la poterie artisanale est arrivée au bord de l’extinction. Le fait main reste cependant une valeur sûre pour défendre ce dernier territoire culturel qu’est la céramique artisanale.

©JongHoon Park

Créer une œuvre complète en céramique passe par un processus très compliqué, dans lequel les facteurs les plus importants et déterminants sont d’être au bon endroit, au bon moment avec les bonnes personnes. La composition de l’argile, le tournage, le façonnage, la peinture, la cuisson sont les composantes d’un processus technologique complexe et délicat, la clé étant d’atteindre l’harmonisation entre tous ces paramètres. Sans oublier la patience, un long temps d’attente… et un four à bonne température.

Pour créer un trésor incomparable, il est nécessaire de maîtriser non seulement la technique du tournage, mais aussi celles du design et de l’esthétique, être un peintre habile, avoir de la patience et pouvoir endurer des difficultés considérables. Il n’y a pas de génie dans la production de la céramique, il ne faut que s’adapter à la nature, au feu et à la terre. Il faut aussi que le charme environnant, l’énergie de la nature et l’inspiration de l’artisan atteignent le même niveau afin d’accomplir un chef-d’œuvre.

©JongHoon Park


La Chine est à l’origine de la porcelaine, mais ces dernières années, suite à une urbanisation intense, il est difficile de se procurer les terres qui conviennent aux céramiques. Par ailleurs, la demande des consommateurs chinois étant en plein essor, la vitesse de la production artisanale ne peut répondre à la demande du marché, le tournage ayant presque disparu.


Malgré les réformes économiques époustouflantes de ces dernières années, les gens arrivent de plus en plus à comprendre l’importance de la culture traditionnelle. La persévérance du professeur Park a joué en sa faveur : souvent invité en tant que professeur à l’université de Jingdezhen (qui fut, et est sans doute encore, la capitale mondiale de la porcelaine), il a commencé à attirer des amateurs venant des quatre coins de Chine. Face au sentiment d’impuissance qu’éprouve JongHoon Park devant le déclin de la culture traditionnelle d’aujourd’hui, le destin de la céramique artisanale montre une telle vitalité, une telle vigueur, qu’il en est très heureux.

©JongHoon Park


Retour à l’art fait main

La céramique a été créée pour l’usage quotidien, mais de nos jours, elle est utilisée pour la décoration et le développement industriel. Avec l’arrivée des arts plastiques de l’occident, les arts et métiers traditionnels se sont éloignés de la vie quotidienne. Professeur Park a décidé de proposer à nouveau les bols et les tasses à thé faits main pour le bien-être de tous. Un objet transmet l’enthousiasme, la sincérité et l’âme noble de l’artisan, pour le bonheur des générations présentes et à venir et pour que chacun apprécie et cultive ce sentiment artistique.

Le voyage en Chine du professeur potier a de nouveau confirmé son point de vue selon lequel les gens ont envie de retrouver une vie plus authentique, plus proche de la nature. Quant au fait que les Chinois achètent de la céramique artisanale, cela montre clairement leur état d’esprit. Pour eux, la tradition se perpétue, sans être pour autant une répétition servile de ce qui se faisait autrefois. Pour chaque potier, il s’agit en effet de marier les exigences de la vie moderne aux valeurs traditionnelles, de retrouver, en créant des céramiques contemporaines, la connotation ancestrale essentielle, l’esprit spirituel, le respect de la nature et l’authenticité de nos ancêtres lorsqu’ils fabriquaient un objet. En retrouvant l’essence du geste et de l’intention, on pourra ainsi innover sans cesse, jusqu’à la fin de sa vie.


©JongHoon Park

 

Professeur JongHoon Park ©Quanyu/TasteOfLifeParis

Dans la mythologie chinoise, Nuwa façonna les premiers hommes avec de la glaise, puis l’homme mourut et retourna à la terre. Pour professeur Park, comme pour ses collègues, la terre et l’homme ont une relation exceptionnelle. Il a donc essayé de la comprendre plus profondément. À ses yeux, la terre est une chose vivante, il parle et communique souvent avec elle, et même s’il parait bizarre, cette relation le rend joyeux et paisible. En touchant la terre, il a une autre approche de la vie : quand il tourne, c’est comme s’il tournait l’univers. L’homme vient de l’univers et retourne à l’univers, l’être humain fait partie de l’univers. Les gens qui portent l’amour en eux se sentent libres et heureux, une personne libre peut créer une œuvre d’art au-delà de l’imagination. Quand la compréhension sur la nature et la vie n’est pas la même, la vie est différente, tout simplement. Cette compréhension est imprégnée dans chaque objet du maître potier.


 

©JongHoon Park

Une fois, une de ses œuvres est tombée accidentellement sur le sol. C’était son coup de cœur, il ne voulait pas s’en défaire, il la ramassa donc, et la pétrit à nouveau. Comme il restait des signes de rupture, il décida de les peindre en or. Puis il mit la glaçure et l’objet brisé devint alors instantanément doux et beau. Lorsque ce processus de révision fut achevé, il trouva que c’était l’une de ses plus belles poteries. Les hommes souvent commettent des erreurs et tombent, mais s’ils continuent à réfléchir et à rectifier leurs erreurs, ils finiront par devenir plus brillants, plus matures.

 

©JongHoon Park

Il rencontra à une occasion de vieux potiers qui enseignaient à de nouveaux élèves le tournage et le modelage. Certains n’étaient pas habiles, mais nulles critiques et nulles moqueries ne franchissaient les lèvres de ces potiers vénérables. Ils corrigeaient leurs élèves et les remettaient doucement sur le droit chemin. Ces vieux artisans travaillant en silence inspirèrent profondément Park JongHoon qui fut durablement touché par ces potiers et par leurs efforts pour garder une éthique appropriée.

En tant qu’artiste, face aux problèmes sociaux de notre monde trépidant, professeur Park ne cache pas son inquiétude pour l’avenir, et selon lui, il faudrait se concentrer plus sur la connaissance et la qualité des relations humaines, donc, lorsqu’il recrute des étudiants, la première chose qu’il enseigne est l’humanisme. Aujourd’hui, les gens n’ont plus le temps de penser à la nature humaine, mais quand les gens se procurent les poteries de Park JongHoon, ils commencent à apprendre et à voir le monde différemment, dans le calme et la concentration, et à sentir progressivement la nature plus proche d’eux.

 

©JongHoon Park


 

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